Spéléologie
Les couleurs observables dans les tunnels de lave et leurs origines
Du gris métallisé au brun chocolat, en passant par les rouges et les verts : découvrez les secrets géologiques qui colorent les entrailles du volcan.

Les tunnels de lave basaltiques offrent un spectacle inattendu de couleurs pour qui s'aventure sous la surface d'un volcan. Loin d'être uniformément noirs, ces conduits volcaniques présentent une palette variée allant des reflets gris métalliques aux teintes rouge orangé, en passant par des bruns profonds et même des nuances de vert, de bleu ou de violet.
Gris métallisé des parois vitrifiées
L'une des premières surprises en pénétrant dans un tunnel de lave est de voir les parois briller d'un éclat gris métallique. Ce lustre argenté provient de la vitrification rapide de la lave en surface. Lorsque la coulée de basalte s'écoule et que sa surface entre en contact avec l'air, elle refroidit brutalement en formant une pellicule de verre volcanique. Ce verre basaltique, riche en oxydes (silice, aluminium, fer, etc.), prend une apparence lisse et réfléchissante.
La teinte grise est le résultat d'un mélange complexe d'oxydes, en particulier la silice (SiO₂) et les oxydes de fer (FeO, Fe₂O₃), qui dominent la composition du verre volcanique.
Brun chocolat des parois lissées
Un autre ton dominant dans les tunnels de lave est le brun profond rappelant le chocolat. Les voûtes et parois internes arborent souvent cette couleur remarquable, comme si les murs avaient été enrobés de cacao. Cette teinte brune est le résultat du passage de la lave en fusion qui a enduit et lissé les parois. Lorsque la lave liquide s'écoule dans le conduit, elle frotte et racle les bords du tunnel, y déposant une fine couche de basalte en cours de solidification.
Ce revernissage forme une pellicule vitrifiée plus épaisse qui apparaît brunâtre et opaque une fois refroidie. L'aspect est souvent comparé à du chocolat fondu figé.
Les rouges, oranges, jaunes et verts de l'oxydation du fer
En parcourant un tunnel de lave, on remarque souvent des teintes vives - rouge brique, orange rouille, jaune ocre - colorant certaines parois, planchers ou stalactites de lave. Ces couleurs chaudes proviennent principalement de l'oxydation du fer contenu dans le basalte.
Quand le fer passe à l'état ferrique (Fe³⁺), il forme des oxydes ou hydroxydes qui prennent des couleurs variant du jaune au rouge. La limonite et la goethite donnent des jaunes et oranges, tandis que l'hématite produit un rouge intense.
L'oxydation du fer ne produit pas que du rouge. Des teintes brunes proviennent d'oxydes moins hydratés. On observe aussi du violet ou du pourpre - souvent un stade intermédiaire d'oxydation à haute température. Le vert peut également se manifester : un fer à l'état ferreux (Fe²⁺, moins oxydé) donne des teintes vert-de-gris.
On peut même apercevoir du bleu sur les parois volcaniques. Ces teintes bleutées sont liées à des effets d'irisation : un film très fin d'oxyde de fer ou de silice sur la paroi peut diffracter la lumière et donner des reflets bleu-violet.
Exemples remarquables
À La Réunion, l'intérieur du grand tunnel de la coulée de 2004 est décrit comme étant d'une fabuleuse couleur chocolat. Au parc volcanique de Lava Beds en Californie, une cavité a été nommée "Hopkins Chocolate Cave" en raison de la riche couleur brune du revêtement de lave.
Dans les tunnels islandais, on observe de véritables fresques naturelles d'oxydes de fer. Le tunnel de Jörundur présente des parois entièrement teintées de rouge orangé par les oxydes ferriques.
